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5 conditions sociales pour des sociétés durables

Nous savons que les humains dépendent des systèmes écologiques et sociaux pour répondre à leurs besoins. D’après les recherches précédentes, nous comprenons assez bien comment les systèmes écologiques fonctionnent ainsi que les mécanismes par lesquels les êtres humains les endommagent de façon systématique. Mais qu’en est-il des systèmes sociaux ?

Il y a quelques années, un groupe de chercheurs en Suède s’est penché sur la question. Voici l’histoire de ce qu’ils ont appris.

Un système social est constitué d’individus connectés par le biais de relations et d’interactions. Pensez à une ville par exemple, vue du ciel, avec tous ces gens qui vaquent à leurs occupations. Voyez-vous le réseau complexe de liens que cela tisse ?

Ce réseau de liens change tout le temps et de ces liens individuels émergent de nouvelles propriétés qui ne peuvent pas être assignées aux individus eux-mêmes et qui sont difficiles à prévoir en détails. Tout cela est complexe.

Les comportements individuels et collectifs changent et subissent des mutations. Tout cela est évolutif. Pensez par exemple à quel point les comportements ont changé avec les nouvelles possibilités offertes par les innovations technologiques. Aujourd’hui, les interactions grâce aux nouvelles technologies de l’information sont communes, même parmi les catégories de personnes qui ont vécu la plus grande partie de leur vie sans ordinateur, tablette ou même téléphone portable. Beaucoup ont même oublié comment la vie quotidienne était possible sans ces interactions électroniques.

Les systèmes sociaux sont donc complexes et évolutifs.

Cette façon d’observer les systèmes sociaux s’applique à n’importe quelle échelle, du système global jusqu’aux systèmes plus spécifiques comme les nations, les collectivités, les entreprises et les familles. L’élément clé qui permet à ces systèmes de fonctionner et d’évoluer malgré les changements imprévisibles qu’ils subissent est leur faculté d’adaptation. C’est en partie la faculté du système à supporter les tensions jusqu’à un certain niveau. Et c’est en partie la faculté du système à se réorganiser et à se transformer lorsque ces limites sont dépassées et à toujours être capable d’assurer ses fonctions essentielles.

Les chercheurs ont identifié plusieurs éléments composant la faculté d’adaptation d’un système social. Un élément majeur est la confiance. Il est impossible pour un seul ou un petit groupe d’individus de contrôler entièrement le système auquel ils appartiennent. En tant qu’individus, nous devons nous reposer sur les autres pour prendre des décisions et choisir des solutions viables pour l’adaptation collective. Donc, pour une adaptation réussie, nous avons besoin de confiance entre les individus, et également entre les individus et leurs institutions, à l’intérieur de leurs communautés ou de leurs sociétés. La confiance est le tissu qui compose le système social.

Un autre élément important est la diversité, c’est-à-dire la multiplicité de personnalités, de talents, de domaines d’expertise, de cultures, de genres, d’ages, etc. Une telle diversité parmi les individus, particulièrement si la confiance leur permet de bien coopérer, implique un plus grand éventail d’options en réponse aux changements imprévisibles. Comme on ne sait pas ce qui sera nécessaire, avoir un grand nombre d’options possibles à disposition est une bonne stratégie.

Parmi les autres éléments essentiels, on trouve la capacité d’apprentissage, la capacité d’auto-organisation et la quête de sens. La complexité et les changements imprévisibles nous obligent à apprendre rapidement afin de pouvoir nous adapter de façon souple et rapide.

Etre capable de s’organiser sans contrôle centralisé est important car cela facilite également les réponses rapides lorsque l’on fait face à un bouleversement soudain. Finalement, comme avec la confiance, le partage de la quête de sens permet également de lier le système social. Un sentiment fort de sens partagé permet aux personnes de tolérer des circonstances difficiles pendant longtemps et d’endurer dans la cohésion sociale en s’aidant les uns les autres.

Après avoir identifié les éléments principaux de la capacité d’adaptation dans un système social, les chercheurs ont examiné les mécanismes par lesquels ces éléments pouvaient, en principe, être détériorés de telle sorte que le système social ne soit plus évolutif. L’idée était de découvrir des mécanismes permettant de mettre un “ne… pas” devant afin d’obtenir des conditions nécessaires pour la durabilité sociale.

Par le biais de recherches littéraires, d’interactions avec d’autres scientifiques dans de nombreuses disciplines, avec des professionnels du développement durable et en modélisant des systèmes sociaux fonctionnant bien et mal, les chercheurs ont déduit 5 mécanismes génériques de destruction, sous la forme de constructions sociales maintenues par les personnes en position de pouvoir. En ajoutant un “ne… pas” devant ces mécanismes, les chercheurs ont formé les conditions nécessaires suivantes pour la durabilité sociale:

Dans des sociétés durables, les personnes ne sont pas soumises à des obstacles structurels à la possibilité :
de préserver leur santé; cela signifie que les personnes ne sont pas exposées à des conditions sociales qui les empêchent systématiquement d’éviter les blessures ou la maladie (physique, mentale et émotionnelle). Par exemple par des conditions de travail dangereuses ou des salaires trop bas.
d’exercer leur pouvoir d’influence; cela signifie que les personnes ne sont pas systématiquement empêchées de participer à l’élaboration du système social auquel elles appartiennent. Par exemple par la suppression de la liberté d’expression.
de développer leurs compétences; cela signifie que les personnes ne sont pas systématiquement empêchées d’apprendre ou de développer leurs compétences individuellement et collectivement. Par exemple par des obstacles à l’éducation ou par l’insuffisance des possibilités de développement personnel.
d’être considérées de façon impartiale; cela signifie que les personnes ne sont pas systématiquement exposées à un traitement partial. Par exemple en raison de discrimination ou de sélection injuste pour un emploi.
de construire du sens; cela signifie que les personnes ne sont pas systématiquement empêchées de créer un sens individuel et de co-créer du sens en groupe. Par exemple, par la suppression de l’expression culturelle ou par des obstacles à la co-création de conditions intentionnelles.

Pour l’interprétation et l’application de ces conditions, il est essentiel de garder en tête les points importants suivants. Les obstacles structurels, dans ce contexte, signifient des constructions sociales (politiques, économiques ou culturelles) fermement établies dans la société, maintenues par les personnes en position de pouvoir (politique, économique ou autre) et qui sont, de fait, difficiles à surmonter pour les personnes qui y font face. Cela est essentiel et fait partie intégrante des conditions. Il serait utopique de penser que chacun doit avoir une santé parfaite, un niveau d’influence parfait, etc.

Dans des sociétés durables, les personnes ne sont pas soumises à des conditions qui les empêchent systématiquement d’éviter les blessures, la maladie, de participer à l’élaboration de leurs systèmes sociaux, etc. Ce ne sont pas les actions isolées qui sont responsables de la non durabilité mais la nature systématique des obstacles structurels (les obstacles ancrés et maintenues dans les systèmes politiques, économiques, et culturels). Les circonstances environnementales que personne ne contrôle peuvent conduire à des impacts pénibles pour la société sans que les personnes ne perdent nécessairement confiance les unes dans les autres ou dans leurs institutions.

Allez, terminons sur une note optimiste. Généralement, la cohésion sociale et la faculté d’adaptation peuvent être fortes en temps de difficultés environnementales causées, par exemple, par des catastrophes naturelles ou des facteurs externes. Compte tenu de l’augmentation des pressions écologiques auxquelles fait face l’humanité, nous avons besoin, aujourd’hui plus que jamais, de leadership pour encourager la faculté d’adaptation dans les systèmes sociaux.

Et voilà ! Les 5 conditions sociales pour un mode de développement durable. Ajoutées aux 3 conditions écologiques établies au préalable, vous avez 8 conditions nécessaires à des sociétés durables.

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